Mesdames et Messieurs les régulateurs, décideurs politiques et responsables,
En 2024, les centres antipoison des Pays-Bas et de Belgique ont enregistré un total de 7 718 appels concernant des incidents liés aux produits de nettoyage ménagers. À cela s'ajoutent 2 121 expositions à des désinfectants domestiques, appelés biocides ; des produits spécifiquement conçus pour tuer les micro-organismes.
La moitié(!) de ces cas concernait des enfants. Des recherches montrent que dans une grande majorité de ces incidents (environ 73 %), les victimes développent des symptômes effectifs, principalement des irritations respiratoires, des lésions oculaires et des affections cutanées. Il ne s'agit pas de chiffres marginaux. Ce sont des incidents largement évitables impliquant des produits utilisés quotidiennement à la maison.
Pourtant, les désinfectants sont activement promus pour un usage quotidien dans les foyers normaux depuis des années. L'argument marketing « Tue 99,9 % des bactéries » joue un rôle central dans cette promotion. Cette mention domine les emballages et les publicités, influençant la manière dont des millions de personnes nettoient. Elle suggère qu'une maison n'est vraiment propre que lorsque les bactéries sont massivement éliminées. Depuis la période du coronavirus, l'utilisation de produits "tueurs" s'est encore normalisée, même dans des situations où cela n'offre aucun avantage prouvé pour la santé.
Cette norme influence non seulement les comportements, mais a également des conséquences concrètes sur la santé, la sécurité et la santé publique. C'est pourquoi nous nous adressons à vous pour réviser de manière critique cette norme marketing et mieux protéger les consommateurs.
Une norme trompeuse
L'allégation « Tue 99,9 % » est basée sur des tests en laboratoire dans des conditions contrôlées. Mais une maison n'est pas un laboratoire.
Dans un environnement de vie normal, les surfaces sont repeuplées en quelques minutes par les mains, l'air, les vêtements, les animaux domestiques et le corps humain.
L'effet de la désinfection est donc, par définition, temporaire.
Pourtant, l'allégation donne l'impression qu'un foyer peut ou doit être exempt de bactéries à long terme.
Elle suggère en outre que les bactéries sont généralement dangereuses. Cette image est scientifiquement incorrecte.
Seule une très petite partie de toutes les bactéries est pathogène. La grande majorité est inoffensive, voire essentielle aux écosystèmes, à la santé des sols et au corps humain.
En ne faisant aucune distinction entre les micro-organismes nuisibles et utiles, cet argument marketing crée une vision de l'hygiène simpliste et dictée par la peur qui ne correspond pas à la réalité microbiologique.
Conséquences au quotidien
Cette tromperie n'est pas sans impact.
Santé
De plus en plus de recherches démontrent qu'un environnement de vie trop stérile peut perturber le microbiome et donc le système immunitaire. Cela est lié à une augmentation allant jusqu'à +300 % des allergies et sensibilités courantes, ainsi qu'à une baisse générale de la résistance. C'est ce qu'on appelle l'hypothèse de l'hygiène (hygiene hypothesis).
Sécurité
Les produits chimiques ménagers causent des milliers d'accidents chaque année. Les jeunes enfants courent un risque supplémentaire car ils portent des objets à la bouche et parce que certains produits ont un aspect attrayant. Le contact oral est la principale voie d'exposition (>70 %), suivie du contact avec les yeux (17 %).
Les intoxications chez les adultes surviennent souvent lors d'une utilisation normale. De nombreux désinfectants contiennent des substances agressives qui peuvent causer des dommages par simple inhalation ou contact cutané. Une étude menée auprès d'aides ménagères a même montré qu'une exposition fréquente peut avoir un effet négatif sur la fonction pulmonaire comparable à la consommation d'un paquet de cigarettes par jour !
Santé publique
L'utilisation inutile d'antimicrobiens contribue à la résistance, rendant les antibiotiques de moins en moins efficaces. La résistance antimicrobienne est reconnue par l'OMS comme l'une des cinq plus grandes menaces pour la santé publique, et cause déjà plus de 35 000 décès par an dans l'UE. Normaliser le concept de "tuer" comme solution standard en marketing est en contradiction avec les principes d'une utilisation responsable des antimicrobiens.
Ce que nous demandons
Nous demandons aux décideurs et aux régulateurs de réviser l'utilisation de l'allégation marketing « Tue 99,9 % » pour les produits ménagers. Concrètement, nous demandons :
• L'arrêt ou la limitation stricte de l'allégation « Tue 99,9 % » dans la publicité et sur les emballages lorsqu'elle donne une image erronée de la nécessité ou de l'efficacité de la désinfection domestique.
• Le développement de directives claires distinguant explicitement la désinfection professionnelle du nettoyage domestique quotidien.
• Une meilleure protection des consommateurs via des avertissements clairs et le principe d'utilisation proportionnée des antimicrobiens.
• Un investissement dans l'éducation de base sur les micro-organismes dès l'école primaire, pour comprendre l'hygiène comme un soutien à la santé plutôt que comme une volonté d'effacer la vie.
En conclusion
Nous ne plaidons pas pour moins d'hygiène. Nous plaidons pour une hygiène honnête, proportionnée et scientifiquement fondée. Pour une norme qui soutient la santé au lieu de normaliser la peur.
Veuillez agréer, Mesdames, Messieurs, l'expression de nos salutations distinguées.
Les signataires